Dire qu’une des origines de l’Union des Chefs Opérateurs est l’affaire Weinstein est un peu tiré par les cheveux, mais pas tout à fait faux !

Au printemps 2018, des directrices de la photographie de l’AFC proposent à leurs collègues femmes de tous horizons de venir échanger autour d’une question que leur posaient les médias : est-ce plus difficile d’être directrice de la photographie que directeur ?

J’assiste à ces premières réunions avec enthousiasme. L’un des constats avancés est que 50 % des diplômés en image qui sortent des écoles de cinéma sont des femmes, et nous ne sommes que 10 % à exercer. Mais très vite, je me demande comment sont compté ces 10 % et si moi qui ai très peu tourné pour le cinéma je suis comptée alors que j’exerce ce métier depuis 15 ans ? Peut-être que la proportion de femmes chef-opéatrices en France est plus importante que cela, mais comment le savoir ? Comment les rencontrer ?

Ce questionnement fait alors resurgir chez moi une vieille idée que jusque là je ne m’étais pas sentie légitime d’énoncer : il manquait en France une association de chefs opérateurs ouvertes à tous comme le sont Les Monteurs Associés.

À ce stade de l’histoire, on peut se demander pourquoi je ne me suis pas lancée dans la constitution d’une association de femmes chef-opératrices.* Ce à quoi, sans entrer dans l’intime, je peux répondre aujourd’hui que d’une part j’avais la conviction que ce n’est pas en s’isolant que l’on devient plus fortes, mais bien en existant aux côtés de nos collègues masculins, et que d’autre part ça peut aussi parfois être difficile d’être un homme chef opérateur.

J’envoyais alors un message à des amis, qui le firent suivre à leurs amis. À la première réunion nous étions huit, quatre femmes et quatre hommes : le hasard avait bien fait les choses !

Six mois plus tard, l’Union des Chefs Opérateurs était constituée sur des valeurs qui nous rassemblaient toutes et tous : le plaisir de se rencontrer, la richesse de la diversité, la force du collectif, la solidarité, le désir de transmission.

Aujourd’hui, sur 81 adhérents, nous sommes un peu plus d’un tiers de femmes.

Quand je raconte cette histoire sous cet angle, mes ami.e.s cofondateurs.trices me sermonnent : « La condition des femmes chef-op a été essentielle dans ta démarche, Gertrude, et dans la genèse de l’Union, mais elle ne représente qu’un aspect de l’association, sur lequel je trouve qu’il est trop insisté ici. »

Et c’est vrai que cette genèse, tant elle fut collective, ne peut être contée en un seul récit.

Je vous invite donc, chers membres, fondateurs ou non, à nous raconter à votre tour ce qui vous a mené vers l’Union. Nous pourrons ainsi faire une collection d’éditos qui dessineront l’histoire des débuts de notre association.

Gertrude Baillot
Photographie de Julien Gidoin

*À noter que les initiatrices de ces réunions de femmes ont depuis fondé le Collectif Femmes à la Caméra, car nous éprouvons la nécessité d’une organisation exclusive pour que la parole minoritaire puisse se constituer.