Mon premier e-festival

Camerimage 2020 était ma toute première expérience de festival en ligne. Au départ j’étais partante et disponible pour aller à Torún, puis déçue d’apprendre que le festival allait n’être que virtuel cette année.

Nous décidons malgré tout d’y participer avec l’ Union et de partager cette expérience. Et je crois que nous sommes arrivé de chez nous à donner presque l’impression que nous étions sur place. Merci à notre super équipe : Pamela Albárran, Thomas Lallier, Margaux Lenfant, Pascale Marin, Pascal Montjovent, Valerie Potonniée, Clémence Thurninger.

Durant cette semaine, j’ai eu l’impression tout en restant derrière mon écran d’ordinateur, de voyager. À la fois en Pologne, à Torún bien sûr mais aussi dans les différents pays des réalisateurs et directeurs de la photographie invités. J’avais l’impression d’être dans leurs maisons, bureaux, jardins… Comme s’ils m’avaient invitée chez eux pour discuter, partager en détail leurs expériences. J’ai pu découvrir en restant chez moi des films étrangers que je ne verrais sûrement jamais en France, découvrir aussi d’autres manières d’aborder notre métier.

Nous n’aurions jamais rencontré autant d’intervenants en « présenciel » : il faut y arriver à Torún ! Alors que pour cette édition ils étaient tous là : les grands maîtres de la lumière, les nominés, les jeunes espoirs… En live ou enregistrés, plus de problème de décalage horaire, de transport, de disponibilité : ils ont tous pu intervenir. Les questions posées n’auraient pas été les mêmes dans une salle bondée plutôt que tapées sur un clavier d’ordinateur ou un téléphone. Et les réponses tout autant. La parole était finalement plus libérée et la passion pour notre métier était bien au rendez-vous.

C’est vrai qu’on aurait bien aimé pouvoir partager autour d’un verre ce qu’on a vu dans la journée mais heureusement ce groupe de l’Union des festivaliers 2020 était plutôt très actif. Nous avons beaucoup échangé et c’était vraiment très vivant.
Et c’est donc cela que je retiendrais de Camerimage 2020 : le partage de nos expériences, de nos réflexions qui font aussi exister notre métier en dehors des périodes de travail et même en « distanciel ». J’ai l’impression que c’est plus que nécessaire aujourd’hui et je suis heureuse que l’on y soit arrivé ensemble avec l’Union.

Marion Rey

 

Célébrer notre métier

Pour ma part, c’est la première fois que je participe à Camerimage.

Malgré les contraintes causées par la pandémie, il a été très gratifiant et inspirant de regarder des films de très haut niveau : chaque court métrage, documentaire ou film de fiction que j’ai eu l’occasion de voir  disposait d’une narration visuelle solide et exceptionnelle. Il est clair que le festival élabore une sélection minutieuse.

Loin d’être un festival de compétition pour savoir qui gagne ou non, c’est une célébration, une rencontre amicale de directeurs et directrices de la photographie dont le travail et la personnalité sont une source incroyable d’inspiration. Personnellement, j’ai ressenti une forte nostalgie, une envie de revenir à la normalité pour filmer à nouveau tel que l’on en avait l’habitude avant le Covid.

Pamela Albárran

 

Les « Control Freaks » lâchent prise

Repérages, tracking du soleil, viseur de champ, posemètre, drapeaux, diffuseurs, borniols, ND gradués, nids d’abeille, gélatines, LUTs, vecteurscope… Notre métier fait de nous des “Control Freaks” en phase terminale.
Et en même temps, dans une belle illustration du principe d’équilibre bouddhiste, nous sommes de plus en plus enclins à accueillir les aléas – erreurs de manipe, contraintes, catastrophes et autres accidents – comme des incitations à pousser notre créativité encore plus loin que prévu.
Conrad Hall (ASC) l’avait formalisé il y a longtemps, mais cette semaine à Camerimage j’ai pu constater que le “lâcher prise” comptait aujourd’hui d’innombrables disciples.
Deux moments forts me restent en tête:
– Ed Lachman (ASC) et Christopher Doyle (HKCS) ont insisté sur le fait qu’il ne fallait pas redouter les imprévus et les erreurs, mais au contraire les transformer en tremplins créatifs. Chris allait même jusqu’à affirmer que “ce sont les erreurs qui font le film”.
– Aymerick Pilarski (AFC) a pour sa part réussi le grand écart entre le contrôle et l’acceptation sereine des aléas d’un tournage avec « Öndög« . Formellement très maîtrisé, ce film est pourtant le résultat d’un tournage extrêmement contraignant: -35° en plein milieu de la steppe mongole, pas de groupe électrogène, acteurs amateurs, budget réduit, etc. Il en fallait bien davantage pour vaincre la détermination du jeune chef opérateur:
“Le style du film s’est construit au fur et à mesure du tournage. Etant donné que le réalisateur voulait une symbiose totale avec notre environnement et un minimum de contrôle de notre part, nous nous sommes très vite orientés vers ces “accidents positifs”. Ce sont des plans qui n’étaient pas spécialement prévus mais qui, par des positions d’acteurs libres de leur mouvement ou des éléments techniques défaillants, sont nés dans une espèce de surprise générale. Ces “signes” visuels qui sont apparus tout au long du tournage ont été très vite acceptés par le réalisateur pour servir la narration du film. C’est en effet très audacieux de sa part et je crois qu’il était impossible de savoir si cela serait efficace ou trop déroutant au final. A partir du moment où nous acceptons de sortir des routes balisées, je pense qu’il est intéressant de prêter attention à tout ce qui se trouvera en dehors du chemin.”
(Interview à paraître prochainement sur le site de l’Union)

Pascal Montjovent

 

Le Monde change… à petits pas

Quelques semaines avant Camerimage, des dizaines de milliers de femmes Polonaises manifestaient contre une décision du tribunal constitutionnel visant à l’interdiction quasi totale de l’avortement. Par ailleurs, depuis le début de l’année près de 90 collectivités Polonaises se sont déclarées « zones libres de l’idéologie LGBT ». Le coronavirus et le vieux précepte du « show must go on» allaient-ils rendre le festival totalement étanche ? Et bien non ! Pas totalement.

Ce fut d’abord le petit drapeau arc-en-ciel fixé sur le mur derrière Viggo Mortensen, puis la déclaration de soutien enflammée et sincère aux femmes Polonaises de Sturla Brandth Grøvlen, directeur de la photo de « Wendy ». Woodkid parlant de son clip « The Golden Age » et évoquant « [s]a jeunesse de jeune garçon homosexuel observant les autres garçons » alors que Torún est à 35 km de la 1ère « zone libre de l’idéologie LGBT ». Il disait combien ce qui se passe en Pologne actuellement attaquait quelque chose à l’intérieur de lui. Et enfin la table ronde organisée par Imago et Digital Orchard Foundation sur la diversité et l’inclusion.

Les problèmes de représentation ne vont pas disparaître du jour au lendemain mais petit à petit le cinéma accompagne le changement des mentalités, l’anticipe parfois. Et nous ? Dans nos équipes, nos pratiques, participons-nous à l’ouverture de notre profession afin qu’elle devienne plus paritaire, plus diverse ? Que faisons nous pour changer le monde ?

Pascale Marin

Toruń, 1444 km

D’abord le projet d’y aller en avion, en voiture, de s’imaginer s’immerger dans de grandes salles obscures et puis Covid oblige il a fallu changer nos plans.
Le virtuel a cet avantage d’abolir les frontières et de fait nous avons tourné cet inconvénient – participer à un festival virtuel – en avantage. Cela donne la possibilité de voir un film dans l’après-midi, d’envoyer un mail au chef opérateur  et d’avoir sa réponse 4 heures plus tard. Cela permet de réunir dans une même image des chefs opérateurs de continents différents… Combien étions-nous à suivre ce festival depuis chez nous ?
Ne pas être allée à Torún c’est être restés derrière nos ordinateurs et pour  les  membres de l’Union devenir une équipe « tout seul on va plus vite ensemble on va plus loin ».
Ne pas être allée à Torún ne m’a pas empêché de voir la masterclass passionnante de Philippe Rousselot à propos de Thérèse, dans laquelle il explique si bien que dans un film sans décor, sans maquilleuse, la lumière est devenue une interprète du film.

Ce don d’ubiquité m’a permis de découvrir le si puissant Blood Rider très justement primé (et qui me fait pleurer à chaque fois que je le regarde ) qui commence dans l’obscurité sur une route et finit sur cette même route à l’aube dans la lumière.

Chaque film sélectionné  a montré encore une fois ce que nous croyons nous chefs opérateurs : que la lumière EST narrative.

Par contre, peut-être qu’en allant à Torún, j’aurais pu avoir la réponse à cette énigme : pourquoi est-ce une grenouille qui récompense les plus grands opérateurs du monde ?

Valérie Potonniée

Et remerciements à Nicholas Kent, Larry Rochefort, Nina Bernfeld and Charlotte Dupré pour leur contribution aux traductions anglaise.

> Image de couverture : Nomadland, réalisé par Chloé Zhao

 

ENGLISH VERSION

 

My first e-festival

Camerimage 2020 was my very first online festival experience. At first, I was ready to go to Torún, but at the news that the festival was going to be all virtual, disappointment was my first reaction.

Despite everything, l’Union decided to participate and share our thoughts and experiences. I do think that from our homes we managed to almost make it look like we were there. Thank you to our great team : Pamela Albárran, Thomas Lallier, Margaux Lenfant, Pascale Marin, Pascal Montjovent, Valérie Potonniée, Clémence Thurninger.

During that week, I felt, while still behind my computer screen, that I was traveling. Both in Poland, in Torún of course, but also in the different countries of the invited directors and directors of photography. I felt like I was in their homes, offices, gardens … As if they had invited me to their place to discuss, to share their experiences in detail. While staying at home, I was able to discover foreign films that I will surely never see in France, and also discover other ways of approaching our profession.

We would never have met so many presenters in « person » : Torún being quite far ! While for this edition they were all there : the great masters of light, the nominees, the young hopefuls… Live or recorded, no more problems of jet lag, transport, availability : they were all able to intervene. The questions asked would not have been the same in a crowded room rather than typed on a computer keyboard or telephone. And so are the answers. The word was finally more liberated and the passion for our profession was there.

It is true that we would have liked to be able to share over a drink what we saw during the day, but fortunately this group from l’Union of festival-goers 2020 was quite active. We shared a lot and it was really lively.

That is what I think this e-edition brought me : sharing our experiences, our reflections which also make our profession exist outside of work periods and even at a « distance ». I feel like it is more than necessary today and I am glad we got there together with l’Union.

Marion rey

 

Celebrating our profession

This is the first time that I participate in Camerimage.

Despite the restrictions caused by the pandemic, it has been very rewarding and inspiring to watch films of the highest quality: every short, documentary or fictional film I have had the opportunity to see had a solid and exceptional visual narrative. It is clear that the festival makes a careful and attentive selection.

Far from being a festival of competition over who wins or not, it is a celebration, a friendly meeting of directors of photography whose work and personality are an incredible source of inspiration. Personally, I felt a strong nostalgia, a desire to return to normality to film again as we used to before the Covid.

Pamela Albárran

 

 

The « Control Freaks » let it go

Scouting, sun tracking, field finder, light meter, flags, diffusions, solids, graduated NDs, honeycombs, gels, LUTs, vectorscope… Our job makes us total “Control Freaks”.

But at the same time, in a beautiful illustration of the Buddhist equilibrium principle, we are more and more inclined to welcome hazards – handling errors, restrictions, catastrophes and other accidents – as incentives to push our creativity even further.

Conrad Hall (ASC) had formalized it a long time ago, but this week at Camerimage I saw that “letting it go” now has countless followers.

Two strong moments remain in my mind :

– Ed Lachman (ASC) and Christopher Doyle (HKCS) insisted on not dreading the unexpected and mistakes, but instead turning them into creative springboards. Chris even went so far as to say that « mistakes make the movie. »

– Aymerick Pilarski (AFC) for his part managed the big gap between control and calm acceptance of the vagaries of a shoot with « Öndög ». In its form very controlled, this film however is the result of an extremely restrictive shooting: -35 C° in the middle of the Mongolian steppe, no generator, amateur actors, reduced budget, etc. It took a lot more to overcome the determination of the young cinematographer :

“The style of the film was built over time. Since the director wanted a total symbiosis with our environment and a minimum of control on our part, we very quickly turned towards these “positive accidents”. These are shots that were not specially planned but which, through the positions of actors who are free to move or failing technical elements, were born out of a kind of general surprise. These visual “signs” which appeared throughout the filming process were very quickly accepted by the director to serve the narration of the film. This is indeed very daring on his part and I believe it was impossible to know if it would be effective or too confusing in the end. As long as we agree to go off track, I think it’s interesting to pay attention to anything that is out of the way. ”
(Interview to be published on l’Union’s website within next days).

Pascal Montjovent

 

The world is changing … in small steps

A few weeks before Camerimage, tens of thousands of Polish women demonstrated against a decision of the constitutional court aiming at the almost total ban on abortion. In addition, since the beginning of the year nearly 90 Polish communities have declared themselves « zones free of LGBT ideology ».

Were the coronavirus and the old precept of “show must go on” going to make the festival completely waterproof ? Well no ! Not entirely. First it was the little rainbow flag attached to the wall behind Viggo Mortensen, then the fiery and heartfelt statement of support for Polish women from Sturla Brandth Grøvlen, director of photography of « Wendy ». Woodkid speaking about his music video « The Golden Age » and referring to his youth as young gay boy watching other boys », while Torún is 35 km from the 1st « LGBT ideology free zone ». He was saying how much what is happening in Poland now is attacking something inside of him. And finally, the round table organized by Imago and Digital Orchard Foundation on diversity and inclusion.

The problems of representation will not disappear overnight, but gradually cinema grows alongside the changes in mentalities, sometimes anticipates it. And us ? In our teams, in our practices, are we participating in opening up our profession so that it becomes more equal, more diverse ? What are we doing to change the world ?

Pascale Marin

 

Toruń, 1,444 km

First the planning started, travel by plane, by car, imagine yourself immersing in larges dark rooms, and then Covid forces us to change our plans.

The virtual has this advantage of abolishing borders so we have turned this disadvantage – participating in a virtual festival – into an advantage. This experience gave us the possibility to see a film in the afternoon, to send an email to the cinematographer and to have his answer four hours later. It made it possible to bring together in the same image directors of cinematography from different continents…. How many of us were following this festival from home ?

Not going to Torún meant staying behind our computers and for l’Union members it made us a team, « alone we go faster together we go further ».

Not being there did not prevent me from seeing Philippe Rousselot’s fascinating masterclass about Thérèse (from director Alain Cavalier) in which he explains so well that in a film without a set, without a makeup artist, the light became an interpreter of the film.
This gift of ubiquity allowed me to discover the so powerful Blood Rider, very aptly awarded (and it makes me cry every time I watch it) which starts in the dark on a road and ends on this same road in the dawn of light.

Each film selected has shown once again, what we believe as cinematographers, that light IS narrative.

But maybe by going to Torún I could have had an answer to this riddle : why is it a frog that rewards the best cinematographers in the world ?

Valérie Potonniée

Special thanks to Nicholas Kent, Larry Rochefort, Nina Bernfeld and Charlotte Dupré for their contribution on english translations.

> Cover image : Nomadland, directed by Chloé Zhao