Naissance

Le 22 mars 2018, répondant à l’invitation de quelques directrices de la photographie de l’AFC nous nous sommes retrouvées pour échanger autour des difficultés spécifiques à être une femme dans le milieu du cinéma et à être une cheffe opératrice dans un corps de métier très majoritairement masculin.

L’affaire Weinstein avait (ré)activé un débat. Cette première rencontre a été libératrice, notre perception et nos histoires n’étaient pas semblables mais se répétaient, se croisaient, se répondaient, se questionnaient.

 

  • Le plafond de verre : beaucoup d’étudiantes en cinéma, pas mal d’assistantes caméra, peu de directrices de la photo.
  • L’absence de films à gros budget dans la filmographie des directrices de la photographie, même les plus réputées, et l’inégalité salariale qui en découle.
  • Le harcèlement parfois, mais bien plus souvent la reproduction, non intentionnelle mais automatique, de comportements sexistes.

 

Nous avons ressenti le besoin de réitérer ces rencontres. Lors des réunions suivantes, d’autres femmes sont venues et les récits se sont enrichis et confirmés. Le débat s’est complexifié aussi. Quelle forme devait prendre notre parole ? Rester dans l’intimité de ces rencontres à l’écoute bienveillante mais qui ne dérangeaient personne ? C’était la certitude de retomber, à plus ou moins long terme, dans le silence et laisser l’ordre établi dans son immobilisme.

 

Plusieurs axes nous rassemblaient :

Faire un constat de la situation actuelle en récoltant des chiffres, les analyser afin de comprendre les mécanismes qui entrent en jeu et travailler à les faire évoluer. À titre indicatif, si l’Union des Chefs opérateurs comprend actuellement 29% de membres femmes, l’AFC en compte 11% et l’ASC même pas 5%.

Se rendre visibles : quelques incursions sur les sites des fabricants de matériel de cinéma nous prouvent que la bataille de la représentation reste à mener. Les filles qui souhaitent devenir directrices de la photo doivent avoir des modèles, et ne plus devoir embrasser la vocation de pionnière en plus de celle de cheffe op’.

Être solidaires, exercer notre vigilance, et participer à généraliser de « bonnes pratiques » tout au long de la chaîne de fabrication des films, de la lecture du scenario au tournage, et jusqu’à la fin de la postproduction. Nous sommes dans l’énergie, pas dans la plainte. Nous aimons notre métier, nous voulons œuvrer à le rendre plus inclusif pour toutes les diversités, et partager ces responsabilités et ces préoccupations avec les hommes avec qui nous collaborons.

Dans cet état d’esprit, le 6 septembre 2019 le Collectif Femmes à la Caméra est né.

Ce collectif entend exister sous plusieurs formes :

 

  • Un espace de parole, de rencontres, et d’échanges, fixé pour le moment chaque premier vendredi du mois, à dater du 8 novembre 2019
  • Un site, qui répertoriera les membres de notre collectif et sera aussi un espace de partage et d’information.
  • Des groupes de travail thématiques de réflexion et d’action (par exemple: le groupe « vigilance tournage » qui a pour but de proposer des outils contre les pratiques de harcèlement et d’abus).

Contact : femmesalacamera@lilo.org

 

Première prise de position en soutien à Adèle Haenel

Lors de la réunion du 8 novembre 2019, le Collectif Femmes à la Caméra a tenu à apporter son soutien à la comédienne Adèle Haenel.

« Nous, femmes à la caméra, apportons notre soutien total à  Adèle Haenel, suite à sa courageuse prise de parole et son positionnement au sujet des violences sexistes que trop de femmes subissent encore aujourd’hui.
Notre collectif s’associe pleinement à la volonté d’Adèle de briser l’omerta  et s’engage à agir contre tout comportement abusif envers toute personne, quel que ce soit son statut ou sa notoriété, et à veiller au regard porté sur les femmes au cinéma.
Nous travaillons  à l’élaboration d’outils et à imaginer des solutions pour changer les comportements et faire évoluer les mentalités dans la fabrication des films. »

Le Collectif Femmes à la Caméra le 08/11/2019

 

Signataires communes au collectif Femmes à la Caméra et à l’Union des Chefs Opérateurs : Pamela Albarran, Karine Aulnette, Gertrude Baillot, Nina Bernfeld, Cécile Bodénès, Justine Bourgade, Catherine Briault, Claire Childéric, Sarah Cornu, Claude Garnier, Julie Grünebaum, Anne-Charlotte Henry, Charlotte Michel, Pascale Marin, Céline Pagny, Valérie Potonniée, Isabelle Razavet, Marion Rey, Agathe Savornin, Clémence Thurninger