En ces temps de confinement, synonyme pour certains de télétravail, bricolage, lecture, rangement, multiples choses toujours remises à plus tard, don de temps en trop pour aider les autres, éducation périscolaire de ses enfants, remise à niveau de sa culture générale et autre, seules quelques rares personnes n’auraient pas remarqué que les écrans sont beaucoup sollicités et les images diffusées bien perturbées.

Vous vous demandez si, après deux semaines de confinement, vos références ont changé au point de ne plus pouvoir discerner les belles images, que la grâce de certaines choses ait disparue et qu’il ne vous soit plus donné à voir que des images de piètre qualité.

Où est passée la grande avancée de la haute et de la très haute définition ? La fluidité des images en 60 fps ? La dynamique du HDR ?

À quoi nous sert une connexion fibre, un modem «  Livebox » , « Revolution » , « Delta » , « BboxUltim » , branchés sur un écran UHD-4K-HDR-XXXcm , si c’est pour voir, sur nos nouveaux supports de diffusion, des images guère plus regardables qu’un très bon VHS ou un mauvais DVD ? Comment ce fait-il qu’on ne puisse plus voir ce qu’on regardait hier et qu’il faille se contenter de ce qu’on avait regardé avant-hier ? À qui la faute si j’ai tout les équipements et connexion ad’hoc ?

Et bien la faute à la « COmmunauté des VIDéastes d’il y a 19 ans » !!

Bien sur, il faut lire COVID-19, plus communément appelé du doux nom de « Coronavirus », non parce qu’il est issu de la fermentation d’une célèbre bière aromatisée, mais parce qu’il est élégamment revêtu d’une sorte de couronne extérieure de projection bulbeuses.

« Et qui dit Covid-19-Coronavirus-Infection-Épidémie dit CONFINEMENT.

Subissant le confinement, les gens ont malgré tout besoin de travailler, étudier, communiquer, partager. Et tout ça, maintenant, se fait via internet, toile tendue qui fait transiter des milliards d’octets dans tous les sens.

Or, en temps normal, la plus grande capacité de débit sur le net, soit plus de 60% des bandes passantes, est accaparée par la diffusion de vidéos sur les plateformes, chaines ou sites.

Pour éviter un engorgement terrible, bien plus dramatique qu’une panne des barrières de péages de nos autoroutes en période de départ en vacance, et pouvoir accorder des débits suffisants aux nécessiteux travailleurs confinés, les fournisseurs d’accès à internet ayant l’interdiction de limiter les flux en direction de certains sites au titre de la liberté d’accès à l’information, le Commissaire Européen au Marché Intérieur, Thierry BRETON, a appelé mercredi dernier les plateformes de diffusion et les opérateurs à faire preuve de civisme et à prendre des mesures pour alléger la pression liée à leur utilisation sur l’internet, afin de faciliter le travail à distance et l’éducation en ligne durant la période de confinement.

Du coup Exit des écrans les UHD, 4K, HDR, et bonjour les « bit-rate » réduits et « low-def ».

Netflix a ainsi, dès jeudi 19, mis en stand-by ses diffusions HD et 4K (pourtant payante) et réduit de 25 % le débit de ses données en changeant la compression. Amazon Prime lui a aussitôt emboité le pas. Google, via Youtube, impose depuis vendredi 20 en standard un format 480p en lieu et place des 720p ou 1080p traditionnellement proposés. Disney a aussi reporté le lancement de sa plate-forme de streaming, prévue pour le 24 mars, à courant avril.

En clair, comment tout ça se traduit-il sur nos écrans ?

Et bien, par une diminution de la définition affichée et de la fluidité des changements entre chaque image.

–  Coté définition, le standard analogique de 768×576, réduit avec l’arrivée du numérique à 720×576 puis augmenté à 1440×720 ( HD Ready), 1920×1080 (HD) et 3840×2160 (UHD), donnant les formats nommés par leur nombre de lignes, 576 (i pour entrelacé ou p pour progressif), 720 (i ou p), 1080p et 2160p, se retrouvent maintenant en 480p de base, soit 83% de la définition standard 576. Ce qui revient à afficher une image d’un écran d’un ordinateur portable 13 pouce, soit 33 cm, sur une télévision de 127 cm de diagonale.

Autant vous dire qu’à cette définition, dans la célèbre séquence de la traversée du désert du Nefoud de « Lawrence d’Arabie », le petit point que représente le dromadaire apparaissant à l’horizon au petit matin, effet sublime en 70mm, ne sera visible qu’en toute fin de séquence !!

–  Coté compression, le standard H264, basé sur une double compression, d’abord en JPEG, en une approximation sur ce qui change d’un pixel à l’autre aux alentours, pour obtenir une image de référence, puis des suivantes en MPEG, en ne codant que ce qui a bougé dans l’image par différence avec la référence sus-mentionnée, les réductions considérables débit de données, et par là même d’informations qu’il est possible de conserver, donnent à regarder des images fixes où seuls sont animées les zones changeantes d’une image à l’autre.

Vous aimez avoir peur ? Voici quelques chiffres moyens à faire froid dans le dos sur les débits à gérer en fonction de la définition et du format d’enregistrement qui aideront à se rendre compte du taux de compression normal affectés aux signaux diffusés:

RAW 4K : 660 à 1000 Mb/s

ProRes 4K : 880 Mb/s

Netflix 4K : 25Mb/s

XAVC 4K : 330 Mb/s

ProRes HD : 220 Mb/s

Netflix HD : 5Mb/s

AVC HD : 100 Mb/s

ProRes SD : 42 Mb/s

Netflix SD : 3 Mb/s

Bien sur, si vous faites une prise de vue en plan fixe d’une rue de Paris en ce moment, la compression Mpeg ne changera pas grand-chose sur le rendu du flux des voitures en circulation, mais vous perdrez, à minima, la granularité de l’image et serez en face d’un photogramme unique, image fixe, froide, figée.

On a donc, à l’extrême, à regarder une image pixélisée, formée de matrices unies sans dégradé, qui tient plus de l’animation de Goldorak que du Cinéma de Papa. Bien moins en tout cas qu’un DVD bien codé, même si le Mpeg2 du DVD est bien dramatique.

Pour finir, au moment où la nation se lève pour soutenir et saluer nos soignants, aidez de votre coté nos jeunes enfants, étudiants et autres télétravailleurs confinés en puisant votre culture de votre vidéothèque : VHS pour la nostalgie des scratchs, DVD pour la migraine des plans « fixes », Blu-Ray pour le simple plaisir de voir une belle image, ou contentez-vous des contraintes solidaires mises en œuvre par nos diffuseurs d’image en les leur signalant.

Gageons qu’après le retour à la « normale », à l’instar de ce qui est souhaitable comme réflexion sur notre rapport à la nature et l’impact d’une mondialisation outrancière, nous puissions engager une vaste réflexion sur le transit de nos images sur toute forme de support.

Amis de l’image cinématographique, faites attention à vous et vos proches et portez-vous bien en endurant encore quelque temps la dégradation « sanitaire » des images diffusées.