Le temps des grands mouvements unitaires et des élans contestataires semble révolu. En lieu et place, un bouillonnement d’idées disparates génératrices d’une multiplicité de prises de positions et d’actions.

Mais ce bouillonnement tire à hue et à dia : beaucoup de préoccupations contradictoires d’où il est difficile de dégager un courant de pensées, hormis une insatisfaction générale. Sur le Net, le meilleur voisine avec le pire. Dans maints discours politiques, c’est le pire qui souvent séduit et oriente les attentes du public. Et forcément, la production cinématographique s’en ressent, qualitativement.
De quoi décourager les volontés les plus généreuses.

C’est pour cela que j’ai rédigé une « charte » sensée être pour nous, cinéastes, un horizon vers lequel tendre, tant que faire se peut.
Une utopie ? Assurément.

Le cinéma que nous aimons est celui qui nous enrichit d’une connaissance sensible de l’autre, qu’il soit proche ou lointain. Un cinéma qui nous dit l’évidence de l’unité du monde, riche de sa diversité culturelle, sans nier ses contradictions et ses tensions.

Nous voulons pratiquer le cinéma comme une activité artistique qui contribue, à sa manière, à rendre le réel plus compréhensible et aimable, à rendre la vie meilleure et à lui donner du sens. Cela aux côtés des autres arts et complémentairement aux sciences, aux philosophies et aux religions dans ce qu’elles peuvent avoir de meilleur.

Les questions éthiques et artistiques sont donc au centre de nos préoccupations.
Le cinéma que nous aimons est celui qui nous enrichit d’une connaissance sensible de l’autre, qu’il soit proche ou lointain. Un cinéma qui nous dit l’évidence de l’unité du monde, riche de sa diversité culturelle, sans nier ses contradictions et ses tensions.

C’est pourquoi nous nous efforçons dans la mesure de nos moyens de soutenir et d’accompagner en priorité des projets qui relèvent de cette multiplicité des expressions cinématographiques, tant sur le plan de la production que de la réalisation et de la diffusion.

Nous rejetons l’idée d’un cinéma qui puiserait seulement en lui-même sa raison d’être, d’un « Cinéma pour le Cinéma » comme on a parlé de « l’Art pour l’Art ». Nous répudions l’alternative entre cinéma populaire et cinéma élitiste. Toute pratique artistique est un engagement.

Nous sommes conscients d’aller à contre-courant des tendances lourdes de l’économie culturelle, animée elle aussi par une dynamique de conquête des marchés qui favorise une homogénéisation des goûts et des pratiques culturelles. Aussi, nous voulons contribuer à la création de réseaux alternatifs viables de production diffusion, fondés sur des conceptions non-violentes de l’économie.

Pour que le cinéma vive, il faut qu’il assume ses dimensions artisanales, industrielles et commerciales. Nous sommes soumis à ces réalités. Néanmoins, la rentabilité financière ne peut-être le but exclusif de nos activités ni un critère d’appréciation des œuvres auxquelles nous participons.

Aucune raison, artistique ou autre, ne justifie à nos yeux que la mise en œuvre d’un film se fasse au détriment des conditions de travail ou porte atteinte aux personnes ou aux lieux concernés par ce film, ce qui serait un déni de la beauté du film à venir.

Un film crée une relation triangulaire sujet – auteurs – spectateurs. Quand bien même le sujet serait purement fictionnel ou imaginaire, il « représente » de l’altérité pour le spectateur, lien dont la nature et la qualité sont déterminées par les points de vue et la sensibilité des auteurs.
Et cela les engage.

Charlie Van Damme, 2008.